Mettre en relation les dirigeants. Renforcer les capacités. Favoriser le changement.

De la dépense à l'état de préparation : Pourquoi la stratégie de défense du Canada doit aussi être une stratégie axée sur les talents

Auteurs: Sunny Chan, Matt McKean, Val Walker

Cet article sur le leadership éclairé fait partie d'une série qui s'étend sur Un plan d'action pour la prochaine économie du Canada, qui a été publié à la suite de notre Sommet exécutif de février 2026.

Le Canada est entré dans une nouvelle ère d'investissement dans la défense.

À Halifax et à Vancouver, les chantiers navals prennent de l'expansion pour livrer de nouvelles flottes à la Marine royale canadienne (MRC) dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale. Dans les ateliers, cela signifie de nouvelles demandes pour les soudeurs travaillant selon des spécifications strictes, les ingénieurs intégrant les systèmes de propulsion, de communication et de combat, et les chaînes d'approvisionnement coordonnant des milliers de composants pour maintenir la production sur la bonne voie.

À Cold Lake et Bagotville, l'Aviation royale canadienne (ARC) renforce sa capacité opérationnelle, de la formation de nouveaux pilotes à l'entretien des systèmes d'aéronefs qui doivent fonctionner sous pression. À Petawawa, Edmonton et Valcartier, les militaires de l'Armée canadienne forment, équipent et déploient des forces dans une gamme de missions, en s'appuyant sur la logistique, la coordination et l'expertise technique pour soutenir les opérations.

Une grande partie de ce qui est nécessaire pour appuyer ces efforts n'est pas propre à la défense. Les mêmes compétences utilisées pour former les pilotes, entretenir des aéronefs, construire des navires, exploiter des systèmes de fabrication de pointe ou gérer des réseaux logistiques complexes sont déjà utilisées dans les industries civiles.

L'augmentation de l'investissement n'est pas la même chose que la capacité d'échelle.

Dans l'ensemble des forces armées et de l'industrie de la défense, la traduction des investissements en capacités réelles dépendra du talent, de la capacité de formation et de la coordination. À mesure que l'investissement augmentera, ces facteurs commenceront à définir ce qui peut réellement être réalisé. 
En d'autres termes, la contrainte ne sera pas capitale. Ce sera la capacité d'agir de manière coordonnée, plutôt que de manière cloisonnée. Sans coordination, les efforts se fragmentent, le dédoublement augmente, le financement n'est pas toujours dirigé là où il a le plus d'impact, et les gains en matière de préparation demeurent limités.

La bonne nouvelle, c'est que bon nombre des éléments constitutifs existent déjà.

1. Les systèmes de formation peuvent évoluer s'ils sont connectés
 

Le premier élément constitutif est la capacité de former les gens à un rythme soutenu.
Dans le domaine de l'aviation, des entreprises comme CAE utilisent des simulateurs haute fidélité pour former les pilotes à opérer dans des environnements à haute pression, en collaboration avec des partenaires postsecondaires comme le Collège Algonquin, l'Université Mount Royal et le First Nations Technical Institute. Ces systèmes sont conçus pour permettre à un grand nombre de stagiaires de suivre des programmes normalisés tout en maintenant la sécurité et le rendement.

Le Collège Centennial développe des talents pour Air Canada et Bombardier, tandis que Royal Roads, Humber et SaskPoly collaborent avec des employeurs de l'aérospatiale, de la fabrication de pointe et du transport pour créer des pipelines de talents alignés sur les besoins de la défense.

Un modèle similaire existe dans le domaine de la construction navale. Des entreprises comme Irving Shipbuilding et Seaspan élargissent la production et construisent des pipelines de main-d'œuvre en partenariat avec des institutions comme le NSCC, le BCIT et d'autres collèges régionaux, des syndicats et des programmes d'apprentissage. Dans l'ensemble de la fabrication de pointe, les programmes de formation modulaires permettent aux nouveaux travailleurs de se mettre au courant des systèmes complexes. Chez Linamar, les travailleurs sont formés au moyen de modules structurés en cours d'emploi qui leur permettent de passer rapidement d'un rôle à l'autre au fur et à mesure que la demande évolue. 

Les établissements postsecondaires sont intégrés à l'ensemble de l'industrie. Pris ensemble, ces efforts constituent un système de formation distribué avec une capacité latente importante. L'occasion est de le relier et de l'élargir en transférant davantage la prestation de formation dans des environnements postsecondaires et dirigés par l'industrie et en permettant aux Forces armées canadiennes (FAC) de se concentrer sur la préparation opérationnelle. Grâce à une meilleure coordination, ce système peut évoluer à la vitesse et au niveau requis pour correspondre aux investissements du Canada dans la défense.

2. Le talent existe, mais le système ne le mobilise pas

Un deuxième élément constitutif est l'efficacité avec laquelle les talents peuvent se déplacer d'un secteur à l'autre.

Dans les installations de maintenance aérospatiale civiles, les techniciens inspectent, réparent et certifient les systèmes d'aéronefs selon des normes de sécurité rigoureuses. Dans les usines de fabrication de pointe, les opérateurs gèrent des lignes de production automatisées, surveillent les systèmes complexes et dépannent en temps réel. Dans les carrefours logistiques, les équipes coordonnent le mouvement de l'équipement et du matériel à travers les réseaux distribués.

Il ne s'agit pas d'ensembles de compétences distincts. Ce sont des variantes des mêmes capacités : travailler dans des environnements à haute fiabilité, suivre des procédures précises et coordonner entre les systèmes sous pression.

Des entreprises comme Magellan Aerospace et IMP Aerospace & Defence emploient des milliers de techniciens, d'ingénieurs et de spécialistes de la maintenance travaillant sur les systèmes d'aéronefs, conformément aux besoins de l'ARC. Parallèlement, des collèges comme SAIT, NAIT et NSCC, et des universités comme Carleton, RMC, Waterloo et UBC produisent des diplômés en génie, en métiers appliqués et dans des domaines liés à la défense.

Une grande partie de ces talents font déjà du travail pertinent pour la défense dans les industries civiles, mais en dehors des systèmes qui les relient aux rôles de défense. Il n'est pas nécessaire qu'il s'agisse d'un bassin de main-d'œuvre fragmenté ; il peut s'agir d'une base de talents intersectoriels ayant le potentiel de soutenir la défense à grande échelle.

L'occasion est de mobiliser ces talents plus efficacement en renforçant les voies d'accès et de sortie des rôles de la défense et des rôles civils. Grâce à des mouvements de carrière plus fluides et à une traduction plus claire des compétences entre les contextes civil et militaire, ce talent peut être déployé là où il est le plus nécessaire.

3. L'approvisionnement peut ancrer la capacité, mais ce n'est pas le cas de manière uniforme

Un troisième élément de base est que le gouvernement du Canada se tourne d'abord vers les entreprises canadiennes pour déployer et accroître notre capacité de défense.

La capacité existe déjà au sein des entreprises canadiennes, mais elle n'est pas systématiquement ancrée à la demande de défense intérieure. L'approvisionnement a la possibilité de mieux relier ce système, créant ainsi des voies plus claires du développement au déploiement dans les secteurs de la fabrication de pointe et des secteurs à double usage.

Dans les installations de fabrication de pointe, les lignes de production sont configurées pour passer d'un produit à l'autre, intégrer de nouveaux composants et adapter rapidement la production en fonction de la demande. Dans les entreprises spatiales et de communications, les ingénieurs conçoivent et déploient des systèmes satellitaires qui doivent fonctionner de manière fiable dans des environnements éloignés et à haut risque.

Il ne s'agit pas de capacités créneaux. Il s'agit des mêmes capacités requises pour concevoir, produire et entretenir des systèmes de défense modernes.

Des entreprises comme General Dynamics Land Systems produisent des véhicules blindés de pointe pour les marchés mondiaux, tandis que des entreprises comme Linamar et Siemens Canada appliquent des capacités de fabrication de pointe et de systèmes numériques directement pertinentes à la production de défense. Des acteurs émergents comme Kepler Communications et Mission Control développent des technologies de communication par satellite et de soutien aux missions avec des applications de défense claires. En plus d'un réseau plus vaste appuyé par RDII et le CNRC, ces entreprises représentent un système industriel intersectoriel ayant la capacité de soutenir la défense à grande échelle.

Avec une demande plus prévisible et des voies accessibles, les entreprises canadiennes peuvent évoluer à l'échelle nationale, ancrant à la fois les capacités et les talents au Canada. De cette façon, l'approvisionnement devient un levier central pour traduire la capacité industrielle en préparation soutenue en matière de défense.

De l'alignement à l'exécution

Le Canada ne manque pas de stratégie. La Stratégie industrielle de la défense et les investissements connexes fournissent une orientation claire, établissant un lien entre l'approvisionnement, la capacité industrielle, les compétences et la recherche.

Ce qui manque au Canada, c'est d'un système qui relie ces éléments dans la pratique. Partout au pays, les entreprises, les établissements postsecondaires et les gouvernements développent et exploitent déjà les capacités qui sous-tendent un écosystème de défense moderne, mais souvent en parallèle plutôt que de concert.

L'occasion n'est pas de créer de nouvelles capacités à partir de zéro, mais de relier ce qui existe déjà. Pour ce faire, il faudra une action coordonnée de l'ensemble des gouvernements, des Forces armées canadiennes, de l'industrie et des établissements postsecondaires afin d'aligner la formation sur la demande, de favoriser la mobilité des talents et de relier l'approvisionnement au déploiement.

Le Canada possède les institutions, les entreprises et les talents nécessaires pour appuyer un secteur de la défense moderne. Ce qu'il faut maintenant, c'est un système plus intégré capable d'assurer la préparation à grande échelle et de traduire les investissements en capacités réelles.
 

TRAES fait progresser ce travail par l'entremise de sa Table de leadership en matière de défense TRAES. Si vous êtes une entreprise ou un établissements postsecondaires qui veut nous aider à relever les défis liés au talent, à la formation et à la coordination dans le secteur de la défense au Canada, veuillez communiquer avec nous au sujet de l'adhésion à TRAES. Ces tableaux seront constitués de membres actuels et nouveaux de la TRAES.


Plan d'action pour la prochaine économie du Canada

Le Canada est entré dans une période critique qui façonnera sa force économique, son leadership technologique et sa souveraineté nationale. Lors du Sommet des dirigeants de TRAES 2026, les dirigeants ont cerné six domaines prioritaires dans lesquels une action coordonnée entre les gouvernements, l'industrie et les établissements postsecondaires peut permettre au Canada de réaliser la prochaine phase de croissance économique et de capacité stratégique. 


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