Mettre en relation les dirigeants. Renforcer les capacités. Favoriser le changement.

Première partie - Argumentation mondiale en faveur de la différenciation

La première partie présente le concept de différenciation institutionnelle et examine comment les systèmes très performants d'autres pays utilisent la clarté des rôles, les modèles de financement et l'alignement sur le marché du travail pour soutenir l'excellence, l'équité et l'innovation. 

Aperçu

Les établissements postsecondaires du Canada jouent un rôle essentiel dans la résolution des besoins sociétaux (guérison de maladies ou développement de nouvelles technologies), des besoins nationaux (réponse à l'économie, de la sécurité mondiale, de l'immigration et des pipelines de talents) et des besoins régionaux (demandes des collectivités et du marché du travail).

À l'heure actuelle, les politiques postsecondaires et les modèles de financement du Canada poussent tous les établissements à répondre aux trois types de besoins, malgré le fait qu'une université, un établissement polytechnique ou un collège peuvent avoir des forces qui sont mieux adaptées pour répondre à des priorités particulières par rapport à d'autres.

Les données internationales montrent que la différenciation institutionnelle — une initiative politique délibérée visant à tirer parti des forces distinctes des établissements en se concentrant sur les besoins qu'ils peuvent le mieux répondre — peut accroître l'efficacité, l'alignement avec les marchés du travail, la collaboration stratégique, l'excellence en recherche et l'accès à l'éducation. Nous pouvons voir des poches de différenciation coordonnée autour du Canada, notamment dans le système provincial de l'Université du Québec. Des exemples internationaux nous montrent pourquoi et comment construire au-delà de ce que nous avons.

Nous avons identifié six principes de conception fondés sur des exemples internationaux convaincants de ce que les systèmes différenciés réussissent bien :

Les universités canadiennes à forte intensité de recherche sont concurrentielles à l'échelle mondiale, mais demander à chaque établissement de poursuivre la même combinaison de rôles dans la recherche, l'enseignement et la communauté dilue l'excellence et répartit trop peu les ressources. Une approche plus solide consiste à donner à certains établissements la possibilité d'approfondir la recherche fondée sur la découverte, tout en permettant à d'autres de doubler leurs efforts en matière d'enseignement, d'employabilité, de recherche appliquée ou de formation en apprentissage.

Les systèmes internationaux montrent comment cela peut fonctionner. L'Allemagne maintient une structure binaire claire entre les Universitäten (à forte intensité de recherche) et les Fachhochschulen (appliquées et liées à l'industrie), tandis que la Finlande sépare les universités traditionnelles des universités de sciences appliquées, ces dernières étant étroitement alignées sur les marchés du travail régionaux. Ces modèles garantissent que les ressources pour le perfectionnement de la main-d'œuvre sont intentionnelles et non pas après coup.

Pour les apprenants, la clarté des rôles facilite la navigation dans le système. Ils savent où trouver des occasions de recherche de calibre mondial et où poursuivre une formation appliquée axée sur la carrière, ce qui leur permet de choisir des voies qui correspondent à leurs ambitions en toute confiance.

Dans les systèmes solides, les institutions appliquées sont des piliers de l'innovation et du perfectionnement de la main-d'œuvre. Les écoles polytechniques, les collèges et les universités axées sur l'enseignement du Canada font un travail essentiel pour répondre aux besoins régionaux en main-d'œuvre et aux priorités nationales de recherche appliquée dans des domaines comme la santé, les métiers et la technologie. Pourtant, ils sont trop souvent traités comme du deuxième palier, ce qui se traduit par une diminution du financement, une reconnaissance limitée et des cadres stratégiques privilégiant les universités de recherche.

Les pairs internationaux montrent une autre voie. L'Allemagne, l'Autriche et la Suisse placent leurs Fachhochschulen au cœur de l'éducation et de l'innovation. Ces universités appliquées offrent une formation professionnelle en génie, en sciences appliquées et en arts appliqués, tout en étant pleinement intégrées aux stratégies nationales de R-D et aux partenariats avec l'industrie. En Australie, les réformes récentes ont accru la reconnaissance nationale des fournisseurs d'enseignement et de formation professionnels (EFP) comme étant essentiels aux stratégies économiques du pays, élargissant ainsi l'attention du système aux universités traditionnelles. Ces modèles réussis démontrent comment les établissements appliqués peuvent être élevés sur le plan du statut, du financement et de la valeur stratégique.

Pour les apprenants, cette reconnaissance est importante. Cela signifie l'accès à des programmes qui sont directement liés aux carrières et aux pipelines d'innovation, en veillant à ce que la recherche appliquée et les cheminements de carrière soient considérés comme essentiels à l'économie et non comme secondaires.

Les systèmes d'enseignement postsecondaires très performants financent les établissements en fonction de ce qu'ils font le mieux, et non en fonction de la croissance universelle. Les modèles de financement actuels du Canada récompensent souvent la similitude, ce qui pousse les établissements à se développer sans discernement au lieu d'approfondir leurs forces distinctes. La réforme de ces systèmes n'est pas seulement une question d'efficacité, c'est aussi une question d'impact.

Les modèles nordiques et européens fournissent des leçons claires. La Finlande, la Suède et la Norvège associent une part importante du financement à des indicateurs de rendement différenciés, tels que les taux d'obtention du diplôme, les résultats de recherche, le transfert de connaissances et les garanties d'équité. L'Irlande utilise des ententes stratégiques de rendement entre le gouvernement et les institutions pour aligner le financement sur les priorités nationales, récompensant la clarté de la mission plutôt que le dédoublement. Ces approches, qui choisissent soigneusement des indicateurs de rendement réalisables pour orienter le système vers la satisfaction des besoins, permettent aux établissements de se spécialiser et de collaborer.

Pour les apprenants, le financement lié à l'orientation institutionnelle signifie que les programmes sont mieux financés, la qualité de l'enseignement est renforcée et les diplômes reflètent les véritables forces de l'établissement. Au lieu d'épargner les ressources, le financement différencié produit des parcours plus clairs et des résultats d'apprentissage de meilleure qualité.

Les systèmes d'enseignement postsecondaires très performants intègrent une expérience pratique dans toutes les disciplines. En revanche, une grande partie du Canada considère toujours l'apprentissage intégré au travail comme un complément plutôt que comme une base. Si nous voulons que les diplômés réussissent, que les employeurs trouvent des talents et que la recherche se connecte à l'industrie, la AIT doit devenir l'infrastructure du système de base.

La Suisse offre un modèle solide : son système à deux piliers intègre la AIT dans les universités et les établissements professionnels, soutenu par des partenariats profonds avec les employeurs. Les programmes de duales studium (double études) en Allemagne vont plus loin en combinant des contrats de travail rémunérés et des études académiques dans un modèle de type apprentissage pour de nombreux domaines autres que les métiers. Les étudiants gagnent un revenu, construisent des réseaux et acquièrent de l'expérience pratique tout en étudiant, de sorte qu'ils obtiennent à la fois un diplôme et un curriculum vitae.

Pour les apprenants, considérer la AIT comme une exigence fondamentale signifie que l'expérience pratique n'est pas un privilège limité à quelques établissements ou programmes, mais une caractéristique standard de chaque diplôme. Les étudiants entrent sur le marché du travail avec à la fois des connaissances académiques et des compétences validées par l'employeur. 

Les systèmes d'enseignement postsecondaires très performants ne font pas que différencier les missions institutionnelles, ils différencient également la prestation. Des parcours d'apprentissage souples, hybrides et tout au long de la vie permettent aux étudiants de commencer localement, d'étudier à temps partiel, d'empiler leurs titres de compétences et de reprendre leurs études tout au long de leur carrière. Cela est essentiel non seulement pour l'équité et l'accès, mais aussi pour aider les travailleurs à suivre le rythme de l'évolution rapide du marché du travail.

Les programmes Weiterbildung de l'Allemagne et l'initiative SkillsFuture de Singapour montrent comment cela peut être fait à grande échelle. Tous deux intègrent la requalification et le perfectionnement dans les politiques nationales, avec des plateformes numériques solides, des incitatifs de financement et des partenariats avec les employeurs qui font de l'apprentissage continu une attente du système. La Nouvelle-Zélande a mis au point un système national d'approbation des microtitres de compétences, qui montre comment les micro-accréditations pour les apprenants à toutes les étapes de carrière peuvent être incorporées dans un cadre national de qualification existant pour l'enseignement supérieur non universitaire.

Pour les apprenants de tous âges, des systèmes canadiens différenciés qui traitent l'apprentissage numérique et l'apprentissage continu comme une infrastructure de base garantiraient que tout le monde, des apprenants ruraux aux travailleurs en milieu de carrière, puisse accéder à une éducation souple et portable tout au long de sa vie.

Le Canada produit trop de diplômés sans cheminement de carrière clair, tandis que les employeurs ont du mal à remplir des rôles essentiels. Cette inadéquation découle du peu d'alignement sur le marché du travail intégré dans les systèmes universitaires. Bien que les écoles polytechniques et les collèges aient recours à des comités consultatifs d'employeurs, ces mécanismes devraient être une norme dans tous les établissements. Dans les systèmes différenciés, l'industrie jouerait un rôle structuré dans l'élaboration des programmes pour répondre aux besoins sociétaux, nationaux et régionaux.

La Suisse et la Finlande offrent des modèles solides. La Suisse a recours à des conseils sectoriels et à un suivi en temps réel du marché du travail, tandis que la Finlande applique des prévisions régionales pour anticiper les compétences futures et ajuster ses offres. Ces approches donnent aux systèmes la souplesse nécessaire pour garder une longueur d'avance sur le changement.

Pour les apprenants, cela signifie la confiance que leurs études mènent à de réelles possibilités et réduisent le temps entre l'apprentissage et la rémunération. Les programmes façonnés par les données sur le marché du travail et les partenariats avec les employeurs préparent les diplômés à des emplois en demande, et non à des emplois désuets. Le Canada, en revanche, n'a pas encore établi de lien complet entre la stratégie en matière d'éducation et de main-d'œuvre.


Première partie - Argumentation mondiale en faveur de la différenciation