La deuxième partie examine comment les politiques et le financement du Canada encouragent l'homogénéisation, ce qui crée de l'inefficacité et une dérive des missions. Il met en évidence les défis de conception — accès, navigation des élèves, engagement des employeurs et désalignement fédéral-provincial — qui doivent être résolus pour que la différenciation réussisse.
Aperçu
La différenciation n'est pas un objectif politique abstrait. C'est un défi de conception au niveau des systèmes : aligner les établissements sur des objectifs distincts, tout en veillant à ce que les apprenants, les collectivités et l'économie soient toujours servis partout au Canada. Les systèmes bien coordonnés doivent aller au-delà de la somme de leurs éléments institutionnels — ils doivent être expérimentés par les étudiants, compris par les employeurs et appuyés par une gouvernance collaborative. Il ne s'agit pas de problèmes de différenciation, mais de défis qui doivent être relevés pour que les systèmes différenciés réussissent.
L'homogénéisation et ses conséquences
Les politiques canadiennes actuelles et les systèmes de financement ne font pas de différence. Ils ont plutôt tendance à privilégier l'archétype traditionnel de l'université de recherche globale. Cette dynamique crée quatre problèmes majeurs :
- Dérivance de la mission. Les établissements sont éloignés de certaines forces fondamentales — comme l'enseignement, la formation dans les métiers spécialisés ou la recherche appliquée — lorsque ces forces sont sous-évaluées dans les systèmes de financement et de reconnaissance.
- Utilisation inefficace des fonds publics. Le chevauchement des programmes d'études supérieures, l'infrastructure de recherche sous-utilisée et les efforts répétitifs d'image de marque entraînent des ressources limitées qui pourraient être orientées vers différents besoins de la communauté ou du marché du travail.
- Médiocrité systémique. Lorsque tous les établissements sont encouragés à faire les mêmes choses, ils ne sont pas assez nombreux à exceller. Il en résulte des chevauchements, une faible spécialisation et des occasions de collaboration perdues.
- Perte de capitaux propres. Les définitions étroites de l'excellence réduisent la priorité aux établissements et aux programmes qui élargissent l'accès aux apprenants des régions rurales, autochtones, à faible revenu et de première génération.
Le problème n'est pas l'ambition institutionnelle, mais les incitatifs qui poussent les établissements vers la similitude plutôt que vers la spécialisation.
De plus, le Canada a toujours donné la priorité à l'accès en établissant des établissements « à service complet » dans chaque province et territoire, en s'attendant à ce que chacun offre de l'enseignement, de la recherche et de l'engagement communautaire. Bien que cela ait permis d'atteindre une couverture géographique, il n'a pas produit de différenciation fonctionnelle. Résultat : des systèmes qui font en sorte que les établissements existent partout, mais sans clarté quant au rôle ou à la spécialisation.
Défis de conception pour la différenciation
La correction de l'homogénéisation ne signifie pas qu'aucun programme n'apparaît jamais deux fois. Lorsqu'il y a une forte demande et une forte harmonisation sur le marché du travail, il peut être tout à fait approprié d'offrir des programmes similaires dans de nombreux établissements. La différenciation consiste à éviter les chevauchements lorsque cela n'est pas nécessaire et à renforcer la réactivité régionale au besoin, en améliorant la cohérence à l'échelle du système. Pour évoluer vers des systèmes modernes et coordonnés qui réduisent l'homogénéisation, le Canada doit également faire face à quatre défis de conception :
- Concilier différenciation et accès. La différenciation exige de la concentration, mais l'accès exige de l'ampleur. Le défi consiste à concevoir des systèmes où les institutions spécialisées coexistent avec des stratégies d'accès régional et numérique, plutôt que de forcer chaque institution à tout faire. La différenciation devrait refléter l'alignement stratégique avec les besoins réels, et non créer une exclusivité artificielle.
- Rendre la différenciation compréhensible pour les élèves. La plupart des apprenants choisissent des établissements en fonction de la géographie ou de la marque, et non de la mission. Pour que la différenciation fonctionne, les mandats doivent être clairs et visibles dans l'expérience de l'étudiant : conseils, parcours de transfert et résultats de carrière.
- Mobiliser les employeurs à des fins institutionnelles. Les employeurs omettent trop souvent de recruter dans les universités de recherche ou leurs alma maters, même lorsque les collèges ou les écoles polytechniques répondent mieux aux besoins de la main-d'œuvre. La différenciation dépend du fait que les employeurs sont partenaires pour façonner et valoriser les diverses forces institutionnelles.
- Coordination entre les administrations. Les provinces gouvernent et financent les établissements, tandis qu'Ottawa contrôle les investissements importants dans la recherche. Ce clivage fédéral-provincial mine la cohérence du système et renforce souvent l'homogénéisation. Une harmonisation plus délibérée des mandats et des incitatifs est nécessaire.
Pourquoi c'est important
La différenciation ne limite pas l'ambition, elle la dirige. Pour réussir, le Canada doit harmoniser les mandats, le financement et la responsabilisation afin d'appuyer divers objectifs institutionnels, concilier spécialisation et accès, et améliorer la coordination. Sans ce changement, les établissements resteront à bout de souffle et trop d'apprenants seront mal desservis.