Le Canada est devenu remarquablement bon pour inventer des solutions à certains des problèmes les plus difficiles du monde. Nous réussissons beaucoup moins bien à mettre ces solutions en œuvre.
Peu de secteurs illustrent ce paradoxe plus clairement que les soins de santé dans les espaces lointains. Le Canada met au point des technologies conçues pour garder les astronautes en bonne santé à des millions de kilomètres de la Terre, mais bon nombre de ces mêmes innovations restent inaccessibles aux Canadiens vivant à des centaines de kilomètres de l'hôpital le plus proche.
Consciente de cette occasion, l'Agence spatiale canadienne (ASC) a créé le Conseil consultatif sur les soins de santé dans l'espace lointain, dirigé par l'ancien astronaute de l'ASC Robert Thirsk. Dans son rapport Health Beyond, le conseil a soutenu que les technologies mises au point pour les contraintes extrêmes de l'exploration de l'espace lointain pourraient également transformer la prestation de soins de santé dans les collectivités rurales, éloignées et nordiques du Canada.
La CSA a par la suite désigné les technologies de la santé comme une priorité stratégique dans le cadre de son initiative Health Beyond, y compris le Deep Space Healthcare Challenge, afin de soutenir le développement de technologies à double usage ayant des applications tant dans l'espace que sur Terre.
Il est important de noter que le rapport Health Beyond a identifié de nombreux ingrédients nécessaires pour mettre ces innovations en pratique, y compris les partenariats autochtones, les sites de démonstration, l'application de la recherche et la collaboration intersectorielle. Ensemble, ils révèlent quelque chose de plus vaste : les éléments constitutifs d'un écosystème d'adoption.
Le développement de technologies de pointe n'est qu'une partie du défi. L'autre partie consiste à créer les conditions qui permettent l'adoption de ces technologies. Les organisations qui font les plus grands progrès reconnaissent que l'adoption ne commence pas après l'innovation. Elle commence au cours de celle-ci.
L'utilisateur appartient au processus de conception.
Paratus Medical s'est donné pour objectif de résoudre l'un des plus grands défis de la médecine dans les espaces lointain : comment une personne peut-elle prendre des décisions médicales qui sauvent des vies alors que l'aide d'experts n'est pas immédiatement disponible ? Sa plateforme d'aide à la décision d'urgence guide les utilisateurs dans le diagnostic et la gestion des urgences médicales, donnant aux astronautes une plus grande autonomie médicale lors de missions de longue durée.
Pour affiner la plateforme pour une utilisation réelle, Paratus, lauréat du premier Deep Space Healthcare Challenge de la CSA, s'est rendu dans le nord du Québec, où des aînés, des détenteurs de connaissances cries, des médecins, des infirmières et des membres de l'Association des trappeurs cris ont aidé à tester la technologie à l'aide de scénarios d'urgence fondés sur des expériences réelles sur le terrain. Ce qui a commencé comme une solution pour les astronautes est devenu une technologie développée conjointement avec les communautés confrontées à bon nombre des mêmes défis ici sur Terre.
Cette approche reflète une tendance importante parmi les organisations qui réussissent à aller au-delà des projets pilotes : elles ne traitent pas les collectivités éloignées comme des utilisateurs finaux. Ils les traitent comme des partenaires dans le processus de conception.
La participation de l'Association des trappeurs cris est particulièrement révélatrice parce qu'elle reconnaît que les soins de santé dans les collectivités éloignées du Nord ne commencent pas toujours par un médecin ou un ambulancier paramédical. Il commence souvent par la personne présente en cas d'urgence : un chasseur, un trappeur, un membre de la famille ou un voisin. Plutôt que de demander à ces communautés de s'adapter à une technologie développée ailleurs, Paratus a adapté la technologie pour refléter la façon dont les soins de santé sont réellement dispensés sur le terrain.
IndigenousTech.ai a suivi un chemin similaire. L'entreprise fondée et détenue par des Autochtones s'est associée à la Première Nation de Westbank et à la bande indienne d'Osoyoos pour perfectionner sa plateforme de télédermatologie grâce à des cliniques de dépistage locales et à la collaboration avec des fournisseurs de soins de santé communautaires. Encore une fois, la technologie a évolué en même temps que les collectivités qu'elle était censée desservir.
L'adoption commence par comprendre le problème avant de perfectionner la solution. En investissant tôt dans la confiance, la pertinence locale et la propriété partagée, les innovateurs font plus que l'amélioration des technologies individuelles. Ils créent les conditions qui permettent à ces technologies d'aller au-delà des pilotes et de les mettre en pratique.
L'innovation a besoin de connecteurs.
Dans le domaine des soins de santé, cela signifie des voies d'accès aux patients. Qu'elles soient conçues pour des missions dans l'espace lointain ou des soins de santé à distance sur Terre, les innovations doivent tout de même naviguer sur le chemin complexe de l'invention prometteuse à la prestation de soins de santé de routine.
Des organismes intermédiaires comme le Réseau national coordonné de la santé accessible (CAN) et l'Organisation ontarienne d'innovation en biosciences (OBIO) ont reconnu ce défi, et ils font quelque chose que l'écosystème de l'innovation du Canada a souvent négligé : créer des voies d'adoption.
Si les partenariats communautaires créent les conditions d'adoption sur le terrain, alors des organismes comme le Réseau de santé CAN et OBIO créent les voies institutionnelles qui permettent aux technologies prometteuses de circuler dans le système de santé du Canada. Plutôt que de simplement financer la recherche ou la commercialisation, ils aident les innovateurs à naviguer dans les relations, les processus d'approvisionnement et les obstacles institutionnels qui déterminent si les nouvelles technologies atteignent un jour les patients.
Grâce au réseau de santé CAN et à OBIO, Luxsonic, une société de Saskatoon, une plateforme virtuelle de lecture radiologique, a obtenu les partenariats et les premiers utilisateurs dont elle avait besoin pour passer de l'invention à la mise en œuvre, ce qui a donné lieu à des déploiements dans le cadre du flux de travail des essais cliniques de Bayer et du Virtual Health Hub de la Saskatchewan.
L'environnement d'imagerie portable de Luxsonic, qui permet aux spécialistes de diagnostiquer et de collaborer à distance, a des applications claires dans les collectivités éloignées et nordiques du Canada, tout en répondant à bon nombre des mêmes contraintes rencontrées lors des missions spatiales de longue durée.
Le Canada a passé des décennies à bâtir un écosystème d'innovation, mais les technologies à double usage ne réussissent que lorsqu'elles sont jumelées à des voies d'adoption tout aussi efficaces. Les organismes intermédiaires nous rappellent que l'innovation à elle seule n'améliore pas les soins de santé : la construction de l'infrastructure d'adoption le fait.
Le défi ne se limite pas à l'innovation. C'est aussi de la coordination.
Pris ensemble, Paratus Medical, IndigenousTech.ai, Luxsonic, CAN Health Network et OBIO font ressortir une leçon plus large. Ils n'ont pas réussi uniquement en développant de meilleures technologies. Ils ont réussi parce qu'ils ont relié la technologie aux personnes, aux institutions et aux processus nécessaires pour la mettre en pratique.
Même les innovations les plus fortes ont du mal à faire face à l'absence de ces liens. Vu de cette façon, le défi de l'adoption du Canada est en fin de compte un défi de coordination.
L'adoption n'est pas la dernière étape de l'innovation. C'est le résultat de la coordination.
Bien que Santé Beyond ait mis le Canada au défi de penser différemment sur les domaines où l'innovation dans l'espace lointain pourrait créer de la valeur, le prochain défi consiste à transformer cette vision en meilleurs soins de santé ici.
Le Canada n'a pas besoin de découvrir comment construire des technologies capables de soutenir les soins de santé à des millions de kilomètres de la Terre. Nous le faisons déjà. Notre avantage concurrentiel viendra du fait que nous serons tout aussi doués pour faire en sorte que ces innovations atteignent les personnes qui en ont besoin ici sur Terre.
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Le Canada est entré dans une période critique qui façonnera sa force économique, son leadership technologique et sa souveraineté nationale. Lors du Sommet des dirigeants de BHER de 2026, les dirigeants ont identifié six domaines prioritaires dans lesquels une action coordonnée des gouvernements, de l'industrie et des établissements postsecondaires peut permettre au Canada de réaliser la prochaine phase de croissance économique et de capacité stratégique.